Depuis 2021, les conseillers numériques accompagnent gratuitement des millions de Français dans leurs démarches en ligne, souvent au même guichet que les Maisons France Services. Mais ce réseau d’accompagnement de proximité traverse une crise silencieuse : son budget national passe de 40 millions d’euros en 2025 à seulement 13,8 millions en 2026, une chute de près des deux tiers qui menace directement sa présence dans les communes rurales.
Un budget divisé par trois en un an
Le constat est documenté par une question écrite déposée à l’Assemblée nationale : le dispositif des conseillers numériques, qui comptait encore près de 4 000 postes en 2024 et environ 2 800 en 2025, ne devrait plus mobiliser qu’environ 1 400 postes en 2026. L’État justifie cette coupe par un transfert progressif du financement vers les collectivités locales, qui doivent désormais puiser davantage dans leurs propres budgets pour conserver un conseiller.
Le dispositif n’est pourtant pas anecdotique : depuis sa création, il revendique plus de 6,5 millions d’accompagnements réalisés, avec un taux de satisfaction de 97 % chez les personnes aidées. Or 44 % des Français déclarent encore rencontrer des difficultés pour effectuer leurs démarches administratives en ligne, un chiffre qui donne la mesure du besoin resté sans réponse.
Un paradoxe face à l’expansion de France Services
Cette coupe budgétaire tombe au moment même où le réseau France Services affiche sa plus forte extension : plus de 2 800 structures labellisées permettent aujourd’hui à 99,7 % des Français d’accéder à un point d’accueil en moins de 20 minutes en voiture, et l’objectif officiel est d’atteindre 3 000 structures labellisées début 2027. Beaucoup de conseillers numériques travaillent justement derrière ces mêmes comptoirs, en complément des démarches administratives classiques.
Dans les zones rurales, où le dernier commerce de proximité ferme parfois en même temps que le bureau de poste, le conseiller numérique constituait souvent le seul relais humain disponible pour des démarches devenues obligatoirement dématérialisées : déclaration d’impôts, demandes à la CAF, inscription à France Travail ou suivi d’une formation financée par France Travail. Sans relais municipal capable d’absorber le coût, plusieurs communes rurales risquent de perdre ce service en 2026 ou 2027.
Des territoires déjà fragiles en première ligne
Certains départements mesurent précisément l’enjeu : dans le Puy-de-Dôme par exemple, 17 % des habitants sont en situation d’illectronisme et 12 % n’ont pas d’accès à internet à domicile, alors même que 21 postes de conseillers numériques y avaient été validés. Ce type de territoire illustre la tension actuelle entre une demande d’accompagnement humain qui ne baisse pas et des moyens qui, eux, se réduisent fortement.
Les élus locaux, à l’image de ceux portés par les entreprises de proximité qui gagnent du terrain dans les territoires ruraux, plaident pour un cofinancement pérenne de l’État dans la prochaine loi de finances, plutôt qu’un simple transfert de charge vers des communes déjà sous tension budgétaire.
- Budget national : 40 M€ en 2025 → 13,8 M€ en 2026 (-65,5 %)
- Effectifs : environ 4 000 postes en 2024 → environ 1 400 prévus en 2026
- Plus de 6,5 millions d’accompagnements réalisés depuis 2021
- 44 % des Français toujours en difficulté avec les démarches en ligne
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un conseiller numérique ?
C’est un professionnel chargé d’aider gratuitement les habitants à utiliser les outils numériques du quotidien et, selon les structures, à réaliser certaines démarches administratives en ligne, le plus souvent au sein d’une Maison France Services ou d’une mairie.
Pourquoi le budget du dispositif baisse-t-il autant en 2026 ?
L’État réduit sa contribution directe et transfère une partie du financement aux collectivités territoriales, qui doivent désormais cofinancer davantage les postes si elles souhaitent les conserver sur leur territoire.
Les Maisons France Services vont-elles disparaître avec cette coupe ?
Non : le réseau France Services continue au contraire de s’étendre, avec un objectif de 3 000 structures labellisées début 2027. C’est spécifiquement l’accompagnement numérique qui perd des moyens, pas le réseau de guichets lui-même.
Sources
- Question écrite à l’Assemblée nationale sur l’avenir des conseillers numériques
- La Gatineau Express — Conseillers numériques : budget en chute libre en 2026
- France Services — Actualités officielles du réseau
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